Un extrait de mon prochain livre

Voici un chapitre extrait de mon prochain livre (qui n’est toujours pas achevé).

Joyeux Noël à toutes 🎄

Yann

Rita* est venue vers moi, dans un état de détresse et de lassitude, son couple « n’avançait » plus. Elle évoquait son compagnon non par ce qu’il représentait pour elle, mais par ce qu’il n’était pas ou ne faisait pas. Elle lui reprochait de ne pas exprimer ses sentiments, de ne pas s’investir pas autant qu’elle dans le projet d’encépagement ensemble, et d’être passif également dans la sexualité, cela faisait des semaines qu’ils n’avaient pas fait l’amour. Mon écoute devait être absolue pour comprendre l’origine du problème. Selon Rita, globalement Fabien ne faisait pas d’efforts dans leur quotidien amoureux, et face à la répétition des conflits, il n’y avait plus d’affect ni de tension sexuelle.

Le couple est finalement comme un théâtre où se jouent des séquences émotionnelles.  J’ai demandé à Rita de me décrire le rôle de son compagnon dans la relation, un peu comme on le fait en parlant des autres couples en cherchant à les caricaturer. Je lui ai demandé si à ses yeux Fabien était plutôt un héros ou un serviteur. Elle m’a immédiatement répliqué: « Ah, c’est sûr que ça n’est pas un héros ». Et en effet, il ne l’était pas. Si dans les yeux de Rita il n’occupe pas le premier rôle masculin, je crains qu’il ait progressivement glissé vers un rôle plus secondaire. Voyons comment ces deux archétypes s’opposent.

Le héros et le serviteur ont deux façons très différentes de mobiliser leur énergie. Le serviteur est celui dont on attend qu’il accède à nos demandes. Le héros en revanche, agit se son propre chef. On trouve normal que le serviteur s’exécute et anormal qu’il nous désobéisse. On trouve admirable les actions du héros et on trouve normal qu’il n’accepte pas l’autorité. Le serviteur et le héros sont touchés et regardés différemment par leur partenaire, la présence du serviteur dans la pièce est anodine, il fait pour ainsi dire partie du décor. Quand le héros entre quelque part, immédiatement notre attention se porte sur lui et la narration va lui faire une place de choix. Enfin le serviteur n’a pas le droit de toucher sa maîtresse, d’ailleurs il en a peur. Le héros quand à lui va se faire toucher, caresser, il magnétise. Le serviteur gêne, prend trop de place ou se trouve dans le passage.

Vous pouvez prendre chaque aspect de la vie de couple et vous demander comment on agirait vis-à-vis du héros masculin, et vis-à-vis du serviteur. Prenons le sommeil: bien que le lit soit large, on se couche au côté du héros. Le contact avec son torse est indispensable, on se sent protégé. Il ne doit pas nous coller, faire trop de bruit ou s’octroyer une trop grande partie de la couette. Il est toléré dans le lit car il n’y a pas d’autre endroit ou dormir, mais on lui fait sentir que sa présence est de trop. Vous l’aurez compris, l’ensemble de nos comportements indique à l’autre son rôle implicite dans la relation. On ne lui dit pas explicitement ce qu’il est, on le lui fait comprendre. Ce rôle que l’on nous attribue conditionne avec le temps notre façon d’agir.

En travaillant avec Rita, je l’ai amenée petit à petit à réviser ses jugements, à abandonner toute forme de reproche et à faire le vide intérieurement de tous ces griefs qu’elle avait gardé. Je lui avais suggéré cette méthode : s’interdire de lui faire le moindre reproche pendant sept jours. Absolument aucun. Et saisir toute occasion qui présenterait à elle pour le féliciter, le complimenter ou le toucher. En l’espace de quelques semaines, elle rayonnait, et ça avait commencé déjà à transformer son couple. Libéré de ses fonctions de serviteur, Fabien a pu commencé à explorer son nouveau rôle. Ira-t-il exactement dans la direction souhaitée par Rita ? Pas nécessairement, mais déjà cette dernière a pu noter un net regain d’énergie de sa part dans le quotidien, il a eu envie d’exprimer sa créativité en se remettant à la guitare qu’il n’avais pas touché depuis des mois et ils se sont remis à se tourner autour.

Pour apporter cette fluidité au couple, il faut respecter la construction individuelle de chacun, son apprentissage global de la vie. On va bannir le mot « reproche ». On va plutôt parler de choses qu’on souhaite voir s’améliorer, en tournant toujours la situation vers soi-même, et vers le « nous » : « Je vais avoir besoin de ton aide pour que notre cadre de vie soit plus agréable ». Amenez cela comme un objet à travailler au sein de votre « entité couple », en utilisant des formulations intelligentes qui vous permettent de ne pas renvoyer l’autre à un rôle de subalterne : « Je veux que l’on expérimente ensemble cette chose-là dans notre relation ». Accordez également de l’importance au moment que vous allez choisir pour avoir cette discussion. Il faut que vous soyez tous les deux loin de toute forme de stress.

Bien des couples rechignent à parler de la relation avec leur partenaire, les problèmes et les tensions s’accumulent et soudain il faut que ça sorte sans que l’on puisse contrôler le timing ou la forme de ce jaillissement. Beaucoup d’hommes m’ont rapporté avoir été surpris par l’exposition d’un problème latent par leur partenaire alors qu’ils étaient sur le point de s’endormir. Du point de vu masculin c’est un moment particulièrement mal choisi pour communiquer. Pris dans une embuscade les séparant de Morphée, à un moment où la fatigue intellectuelle est maximale, sans possibilité de se préparer, le réflexe est soit de se fermer à la discussion, ou de se mettre en colère. Soit de fuir, soit d’attaquer.

* Les prénoms ont été modifiés

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